Augmentation de l'isolement de Neisseria gonorrhoeae et résistance aux quinolones à l'Institut National d'Hygiène, Lomé, Togo, 2010–2022
Résumé : Cette étude décrit l'évolution des isolements de Neisseria gonorrhoeae à partir de prélèvements urogenitaux et leur résistance aux quinolones à l'INH de Lomé entre 2010 et 2022. Une augmentation significative du nombre d'isolats a été observée sur les 13 années, accompagnée d'une hausse notable de la résistance aux quinolones (acide nalidixique, ciprofloxacine, ofloxacine), passant de 0 % à près de 100 % (p = 0,000). Ces résultats alertent sur un possible risque épidémique et compromettent les efforts de contrôle des infections sexuellement transmissibles au Togo.
Auteurs : AY. Sadji, K. Akolly, AD. Amenyido, B. Bidjada, JWA. Halatoko
Institutions : ¹Institut National d'Hygiène (INH), Lomé, Togo ; ²Hôpital de district d'Aneho, Togo
Communication présentée à : 23rd International Pathogenic Neisseria Conference (IPNC 2023)
Contact : adodosadji@yahoo.fr — Tél. : +228 90 31 73 95
Contexte
La réduction des nouvelles infections au VIH requiert une réduction et une prise en charge efficace des infections sexuellement transmissibles (IST). Lors des activités de diagnostic de routine du laboratoire de l'INH, une fréquence anormale dans l'isolement de Neisseria gonorrhoeae a été observée, accompagnée d'une diminution de la sensibilité aux antibiotiques. Ces observations ont conduit à entreprendre cette étude descriptive.
Objectif
Décrire la tendance des isolements de Neisseria gonorrhoeae (Ng) à partir de prélèvements cliniques et de son profil de résistance aux quinolones à l'INH de 2010 à 2022.
Méthodes
Les examens bactériologiques et les rapports de tests de sensibilité aux antibiotiques (TSA) des prélèvements urogenitaux ont été analysés. Le test de sensibilité aux antibiotiques a été réalisé par la méthode de diffusion en gélose selon les standards EUCAST. Les prévalences annuelles ont été calculées, comparées et testées à l'aide du Chi-carré de tendance linéaire (α = 0,05).
Résultats
Augmentation des isolements de Neisseria gonorrhoeae
Au cours des 13 années de surveillance (2010–2022), une augmentation significative du nombre d'isolements de Neisseria gonorrhoeae a été observée à l'INH de Lomé.
Résistance aux quinolones
Une augmentation significative des taux de résistance de Neisseria gonorrhoeae aux quinolones a été constatée au fil des années :
- Acide nalidixique : taux de résistance global très élevé (96–97 %)
- Ciprofloxacine : taux de résistance global très élevé (96 %)
- Ofloxacine : taux de résistance global très élevé (96 %)
De 2010 à 2022, les taux de résistance aux quinolones ont évolué de 0 % à près de 100 %, avec un Chi-carré de tendance linéaire significatif (p = 0,000).
Conclusion
Une augmentation significative des isolements de Ng et une résistance totale aux quinolones ont été constatées sur la période 2010–2022. Cette situation soulève la question d'une possible épidémie d'infections sexuelles à Ng qui pourrait être liée à des comportements à risque. Elle compromet les efforts pour atteindre les Objectifs de Développement Durable dans la lutte contre le VIH/SIDA et les IST.
Recommandations
Il est recommandé d'établir un profil complet de sensibilité aux antibiotiques (phénotypique et génomique) de Neisseria gonorrhoeae afin de mettre à jour les protocoles de prise en charge des infections sexuellement transmissibles au Togo.
Mots-clés : Neisseria gonorrhoeae, résistance aux quinolones, INH, infections sexuellement transmissibles, Togo
Références utilisées : Référentiel en microbiologie médicale REMIC (2010 et 2015) ; EUCAST — European Committee on Antimicrobial Susceptibility Testing